L’art difficile de l’auto-promotion et autres douceurs hors sujet

Posted by Emmanuelle Urien on avr 15, 2013 in egopub, Raconte-moi ta vie, Rien à voir |

Après une période de gestation équivalente à celle de l’éléphante tout ce qu’il y a de plus raisonnable compte tenu de mes (pré)occupations annexes, mon dernier roman vient de paraître, comme promis, aux éditions Denoël, sous la houlette attentive et enthousiaste de Béatrice Duval. Contrairement à ce que j’avais annoncé, il ne s’intitule pas « La femme de Schrödinger » mais « L’art difficile de rester assise sur une balançoire » – plus long à dire mais plus facile à prononcer. Le contenu, lui, n’a pas changé. Je vous livre ci-dessous la quatrième de couverture :

Mariée à l’homme idéal, mère de trois enfants parfaits, elle pensait que la vie était un long fleuve tranquille. Mais il faut être deux pour le croire.
Quand son mari la quitte pour sa meilleure amie, Pauline se retrouve victime d’une maladie très banale en pareilles circonstances : elle se sent à la fois morte et vivante, elle voudrait mourir mais reconnaît qu’il serait ridicule de se jeter par la fenêtre d’un premier étage. Et même haïr sa rivale se révèle absurde, puisque le destin vient juste de faire mourir la garce. Pauline oscille entre haine et douleur, désir de vengeance et volonté de refaire sa vie, quitte à partir en chasse sur les sites de rencontre. Conseillée par sa mère psychiatre, elle passe à l’action et décide d’effacer la source du mal. Après tout, puisqu’elle doit faire son deuil, autant s’imaginer veuve… Jusqu’au jour où Yann disparaît pour de bon.

À ceux d’entre vous qui auraient suivi le fil de mes précédentes publications dont la noirceur a inspiré les plus belles idées suicidaires du début du XXIe siècle et qui se réjouissent d’avance de dévorer cet opus afin de sombrer au plus vite dans une nouvelle dépression, je dis : Amis, posez ce couteau, on vous aime quand même. Certes, ce roman est un peu plus léger, moins sombre, et pas franchement désespéré. Pour autant, il contient du cheval des éléments susceptibles de vous faire plonger dans les arcanes d’une souffrance sur laquelle on s’étend peu en général (par pudeur? Par crainte de faire surgir le démon en évoquant son nom? Parce que les grandes douleurs actuelles se doivent d’être muettes, sauf si elles sont physiques ou économiques?), celle lié à la trahison. Dans le couple. Ça y est, je viens de perdre la moitié de mes lecteurs potentiels.

La colère, aussi. Cette haine de l’autre qui s’entremêle à la douleur, qui s’y fond, jusqu’à ce que ces deux sentiments n’en fassent plus qu’un seul, insupportable. Ça s’appelle la doulhaine, les lexicographes ne l’ont pas encore adoptée, pourtant voyez comme elle est belle et vigoureuse.

Ce livre parle aussi du rapport à la mère, cette figure (forcément) secourable à laquelle on voudrait pouvoir s’accrocher, mais qui parfois se dérobe ou vous bouscule, révélant un visage qu’on n’est pas sûr de reconnaître, et vous tendant un miroir alors que vous aviez juré de ne plus jamais vous regarder en face.

(Et hop, encore un quart de lecteurs évaporés.)

Voilà, c’était pour les aspects un peu graves de ce texte. Il y en a d’autres, bien sûr, mais ceux-là sont vraiment trop rébarbatifs complexes révélateurs de la trame du roman pour que je vous les expose ici. À part ça, selon un sondage Ipsos, on m’a rapporté que ce livre était drôle. Toutefois, selon la formule à présent consacrée (par moi, pour commencer), je préfère vous mettre en garde : malgré les précautions prises lors de sa confection, ce roman peut contenir des traces de chats, d’équations quantiques, et de mauvaise foi. Vous voilà prévenus.

Et sinon, comme je l’ai brièvement expliqué à M. Laforge au Grand Soir 3 jeudi dernier, Madame Bovary, ce n’est pas moi, ou alors juste les pieds et un peu les sourcils. Autrement dit, je n’ai pas écrit dans ce livre l’histoire de ma vie – ce qui, en soi, n’a guère d’importance, mais j’aimerais bien que certains journalistes s’abstiennent de poser cette question (« Alors, ce livre, c’est de l’autofiction? ») ainsi que quelques autres (« Vous êtes plutôt du matin ou du soir? Plume ou clavier? Robe de chambre ou guêpière? Et c’est quoi votre auteur préféré? Et tes parents, ils sont dans la salle? ») qui n’éclairent en rien le contenu ou la portée d’un texte et ne font que focaliser l’attention sur l’auteur qui ne sait plus où se mettre alors que tout ce qu’il voulait, lui, c’est qu’on parle un peu de son bouquin et s’acheter une nouvelle Twingo avec les royalties pendant les 2 minutes d’antenne dont il a pu bénéficier en tirant un profit éhonté des relations qu’il a nouées avec les pontes de la presse en échange de services que la morale réprouve mais qui feront l’objet d’un roman à scandale plein de name dropping dans quelques années.

Sinon, ça va, merci. Le printemps toulousain est arrivé, Jazz me down a été adapté au théâtre au Cameroun, ma pièce Dessine-moi une maison sera jouée en juin, j’ai un petit texte jeunesse qui paraîtra d’ici deux mois, nous avons sorti avec Manu Causse un CD de lectures musicales intitulé Cinq tentatives d’approche de l’infini (chez Esope Editions), je vais écrire une nouvelle en binôme avec un chercheur (il cherche, j’écris) pour le festival de la Novela, un nouveau roman avance dans ma tête, le Salon de Balma ce week-end était une réussite (comme d’habitude, même si un scandale y a éclaté qu’on ferait bien de ne pas relayer) et demain soir, c’est la 100e édition de l’émission de radio Pas Plus Haut Que Le Bord (dans laquelle je chronique sous le pseudonyme de Lola Parabellum, maintenant vous savez). Non, vraiment, c’est parfait.

Ah, si, quand même. Ce n’est pas dans mes habitudes, mais : Frijide Barjot, tais-toi. On n’en veut pas, de ton sang et de ta haine. Va-t’en prier au Vatican, pars t’agiter dans les robes du pape, va secouer les puces à sa mule si ça peut te calmer, mais par pitié, oublie-nous.

Nous, les gens en général.

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10 Comments

Emma
avr 15, 2013 at 15:44

Ô déesse de l’hyperactivité, la seule capable de me décomplexer (mais oui, ya pire, et en plus elle ça marche), je t’applaudis une fois de plus et te souhaite encore et toujours plus de succès dans toutes ces entreprises (et encore, on ne parle pas de celles non moins glorieuses de tous les jours, réussir sa pâte de coings, rester aimable avec les gendarmes, ne pas envoyer balader son gosse et sa rédaction trop dure, ne pas oublier son épilation de printemps, dans lesquelles je suis sûre que tu excelles également) (oh, et télécharger mon ptit recueil ? ;-) )
Bravo et à un de ces quatre, j’espère, peut-être quand même un jour !!
Emmanuelle


 
Emmanuelle Urien
avr 15, 2013 at 15:59

Merci, Emmanuelle!
Pour ton p’tit recueil, il est sur ma liseuse depuis une bonne semaine, j’écluse quelques ouvrages en attente depuis un moment, et ensuite, je le déguste…
Et oui, à un de ces quatre, en vrai, enfin!


 
liliba
avr 15, 2013 at 17:34

Ah j’adore ce billet ! mais comment comment, vous ne racontez pas toute votre vie à vos lecteurs et non ? ça n’est pas autobiographique ? Heureusement, sinon j’aurais fui… et je suis -malgré quelques petites réticences face à la façon dont Pauline gère sa situation (due à mon caractère fougueux et indomptable en plus d’être souvent sale) – je suis donc, absolument ravie par cette lecture. Bon, c’est vrai, j’ai préféré les nouvelles. J’ai d’ailleurs offert des bouts de miroirs à des dizaines d’amis…


 
Emmanuelle Urien
avr 15, 2013 at 17:45

Merci, Liliba, de soutenir mes miroirs (qui en ont besoin)!
Devant certaines réactions de lectrices, je me demande tout de même pourquoi tant de femmes ont ces réactions épidermiques face à la souffrance morale d’une autre femme, même fictive… L’aveu de faiblesse est-il inacceptable? Éveille-t-il chez ceux (celles) qui en sont témoins la crainte inconsciente d’en être un jour victime?
(J’aurais peut-être dû écrire un essai sur ce thème plutôt que de le romancer. Bon, la prochaine fois, j’écris une thèse sur les effets de la crise financière mondiale dans la composition du bol alimentaire des classes moyennes européennes…)


 
stephane chamak
avr 15, 2013 at 20:52

Bonsoir

Actuellement, je suis en train de lire « l’Art difficile… » page 58. Vous tiens au courant.

Stéphane


 
Yann Leclerc
avr 16, 2013 at 0:28

« Jusqu’au jour où Yann disparaît pour de bon. »

Il faut admettre qu’il y a du vrai.


 
Emmanuelle Urien
avr 16, 2013 at 10:04

@Stéphane : j’espère que vous aimerez… à bientôt!
@ Yann : je te reconnais bien là. Tu réapparais quand? Bises.


 
stephane chamak
avr 21, 2013 at 22:24

Bonsoir

Chose promise…

J’ai terminé ce week-end votre second roman (après avoir vos3 recueils de nouvelles sur 4 achetés et le précédent roman « Tu devras voir quelqu’un », bref, vous pouvez le voir, je suis un lecteur fidèle et attentif).

Bon, je vais être moi-même, c’est à dire franc : j’ai été globalement déçu. L’écriture est toujours aussi fluide, la lecture se fait sans encombre ni obstacle, ça coule comme on dit. L’humour demeure présent et tient à distance le pathos, le piège du misérabilisme qui vous tendait les bras, mais que vous avez évité. Maintenant, j’ai trouvé (notamment la première partie) qu’à l’image de Pauline, ça ruminait trop. La « doulhaine » déclinée sous toutes ses formes, ce ressassement redondant et plaintif a finit par avoir raison de mon empathie, moi qui préfère de loin la douleur intériorisée, cette pudeur digne même si elle dévore au plus profond. C’est un parti pris (et risqué) que d’écrire autant de pages sur cette rage, d’autant que celle-ci est (à mon goût du moins) pas assez compensée par un humour féroce, celui qu’on retrouve dans vos nouvelles, cette auto dérision poignante pour masquer le désespoir. Les trouvailles sont plus rares aussi (j’aime bien l’idée – enfantine et candide – de la balançoire cela dit). D’un autre côté, je pense que rendre cette femme sympathique n’était pas votre but premier et du reste c’est assez réussi. J’ai même eu du mal à la croire si idéale que cela (vous le dites surtout au début, mais finalement, aucun évènement n’entérine ce constat, on se doit de la – vous – croire sur parole). Elle n’est guère affective non plus (la mère psy a forcément joué sa partition) bref, c’est ce qui me fait dire que finalement, vous n’avez pas vraiment souhaité qu’on la plaigne cette femme trompée voire même si vous ne cherchiez pas à ce qu’on se range auprès du mari (décrit comme un père aimant, un homme triste – bah il a tout de même perdu la femme qu’il aimait – ce qui me fait m’interroger aussi sur la facilité scénaristique – Mélanie, décédée OK, pourquoi pas, ….mais pourquoi diable assassinée ??? Cela a crée un suspens habile au début – en effet, vous connaissant adepte des « twist finaux », j’avais commencé à gamberger sec – mais finalement factice car finalement on apprend plus tard en une ligne qu’on a arrêté le gars, je crois).

En tout cas , pour moi cela a marché pour le mari. Je me suis naturellement rangé de son côté, car même même si il parle peu (il doit avoir moins de 5 phrases à dire dans tout le roman), j’ai plutôt eu de la peine pour cet homme dont finalement on ne sait pas grand chose et qui n’a jamais vraiment l’occasion de parler (et donc de se défendre – même si la fin – réussie – reste porteuse d’espoir d’un dialogue à défaut d’une réconciliation) autrement que par l’intermédiaire fielleux (et donc biaisée forcément) de son ex-femme.

J’ai préféré la seconde partie avec l’arrivée de Max, personnage mystérieux et plus intéressant au final que la mère – personnage au demeurant intéressant aussi (les psys – on sait tous qu’ils sont souvent plus névrosés que les patients qu’ils soignent) et « exotique » dirais je, de par son côté décalé, elle finit hélas par être un peu négligé je trouve. En effet, après un départ encourageant (une bonne suggestion – boxer la chaudière – et une « apparente désinvolture » dans le discours), celle ci rentre vite dans le rang et abandonne sa thérapie pour conclure sur un banal (même si très juste) « faut laisser faire le temps ». Pour en revenir à Max, l’idée de la rencontre de Pauline avec un homme d’âge mûr, un sénior m’a plu par son caractère filial (Max étant le père par procuration de la jeune femme car le vrai père de Pauline, vous n’en parlez – volontairement – quasiment jamais). La scène de la beuverie m’a plu même si elle aurait gagné a être vécu en présent (par le lecteur) et non racontée le lendemain, cela aurait renforcé cette complicité paternaliste entre les deux héros.

Enfin, le dénouement m’a semblé moins crédible ou un poil facile, presque expédié, le kidnapping, le raccourci physicien-fou etc…Mouais pas super convaincu.

Mais comme je l’ai dit, en dépit d’un souci de rythme (première partie surtout) j’ai lu ce roman sans ennui, mais trop spectateur à la souffrance de votre personnage principal (alors que j’avais beaucoup aimé celui de « Tu devrais voir quelqu’un », même si les sujets sont très différents)

Voilà ce que je peux en dire à chaud (deux heures de recul seulement donc à prendre avec distance ! :-) )

Bonne soirée

Stéphane


 
stephane chamak
avr 29, 2013 at 21:06

Bonsoir

J’espère que vous n’avez pas mal pris mon post.

Bonne soirée

S.


 
Emmanuelle Urien
avr 30, 2013 at 10:07

Bonjour Stéphane,

Non, je ne suis pas vexée votre commentaire, et d’ailleurs je vous remercie d’avoir pris le temps de vous exprimer sur ce roman. Je suis souvent surprise par le ressenti de certains lecteurs (plus souvent des lectrices, d’ailleurs) qui perçoivent dans ce texte bien autre chose que ce que j’ai voulu y mettre… Mais c’est la règle du jeu!
Pour vous qui avez lu « Tu devrais voir quelqu’un », juste un petit secret (de Polichinelle) : Pauline, c’est Fatiha ; Julien, c’est Yann ; Mélanie, c’est Sarah – voilà le point de départ de la « Balançoire ». Tout le reste est choix éditorial…
Sinon, comme je ne sais pas très bien parler de mes livres mais que d’autres y parviennent, ce lien vers un article qui décrypte bien mes intentions dans ce roman : http://www.encres-vagabondes.com/magazine2/urien5.htm
…si le cœur vous en dit!
Merci encore d’être (de rester?) un lecteur attentif de mes pages.
À bientôt,
Emmanuelle


 

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